DAISY LA POUPEE ROMANTIQUE...

Londres 1955 : Mary Quant, 21 ans, jeune étudiante du Goldsmith’s College of Art, ouvre, avec l’aide d’un de ses amis (il deviendra son époux et partenaire) une boutique, «Quant’s Bazaar» sur King’s Road, dans le quartier de Chelsea à Londres. Mary devient en quelques années «l’enfant terrible» de la mode anglaise et de la révolution pop, et habille certains mannequins atypiques telle la célèbre Twiggy à la minceur excessive, surnommée par les médias «the shrimp» (la crevette).

Mary Quant adopte le thème des fleurs prôné par le mouvement hippy ( flower power) et choisit une marguerite pour logo qui devient rapidement aussi célèbre que sa créatrice sous le nom de «Carnaby Daisy». Un artiste australien renommé, Bob Marchant, se charge dans les années 70 de ses campagnes publicitaires.

Daisy (Marguerite), petite poupée haute de 24 cm dessinée par Mary Quant et produite en 1973 par Gabriel Toy Company, puis Flair Toys, est, en quelque sorte, le prolongement de cette campagne.

Elle est présentée sur ses boîtes personnalisées comme étant «La poupée la mieux habillée du monde». Son corps, tout articulé y compris la taille, est un corps «évolutif» qui s’adaptera par des changements subtils, aux besoins de la poupée au cours des années. Deux autres poupées sont également produites par Flair Toys et habillées par Mary Quant. Baptisées Bubble et Squeak, «Les enfants de Quant», elles représentent un garçonnet de 3 ans et une petite fille de 6 ans. Toutes trois disposent d’un abondant trousseau vendu séparément, mais seule Daisy rencontre un vrai succès.

Son secret est peut-être d’avoir su trouver une place particulière entre la barbie de 30 cm parfois encombrante et la Pippa de 16 cm dont la très petite taille rend souvent difficile son habillage.

Daisy avec ses 24 cm trouve un équilibre presque parfait. Mais un physique sans âme est éphémère et Mary Quant l’a compris : elle s’inspire de l’esprit si subtil de Blythe et offre à Daisy de grands yeux à la forme ronde et au regard de côté qui nous suggère doucement le souvenir et le parfum de cette mystérieuse poupée qui n’a vécu qu’une année (1972) mais continue à remuer les âmes.< br/>
Blythe est sans âge, par contre nous connaissons celui de Daisy : 15 ans. Son visage est celui d’une adolescente rêveuse et sa silhouette fluide ne va pas sans rappeler celle de Twiggy tout en évitant l'écueil de l’exagération : Daisy a les mensurations que «toute mère souhaite voir chez sa fille», soit des jambes qui «représentent 47.5 % de sa taille totale et non les 65 % des autres».

Pour ajouter à son charme, Daisy possède une abondante chevelure blonde bouclée qui lui couvre les épaules, elle peut aussi être présentée avec les cheveux noués de chaque côté par un ruban.

Sur sa vie, nous savons grâce aux livrets inclus dans les boîtes, que Daisy aime voyager à travers le monde, comme le font d’ailleurs beaucoup de jeunes des années 70. Elle se montre en Egypte, en Chine et, bien évidemment à Paris et rapporte de ses voyages des souvenirs pour sa boutique londonienne «TheGift Shop».

Ses dons pour la danse (et un nouveau corps tout articulé) lui permettent de se produire sur les scènes des plus grandes capitales, au sein de troupes prestigieuses, telle celle de l‘Opéra de Paris.

Daisy est commercialisée dans des boîtes de présentation rouges et jaunes à la décoration florale. Son trousseau est dessiné et renouvelé chaque saison pour elle par Mary Quant. On peut lire au dos de certaines de celles-ci : «Ce que Mary Quant fait pour des poupées vivantes, elle le fait aussi pour Daisy ! Elle lui crée une fabuleuse garde robe avec les accessoires assortis afin que vous les collectionniez. Il y a toujours quelque chose de nouveau fait spécialement pour Daisy, pour faire de votre Daisy la poupée la mieux habillée du monde... N’est-ce pas une idée sublime ?».

On remarque toute fois que la petite «star» a un point faible : ses chaussures en plastique moulé sont toutes semblables, quelle que soit la tenue, seule diffère leur couleur.

Un mobilier de style victorien constitué de différents éléments (lit, armoire, coiffeuse etc.) est proposé, auquel s’ajoute un ensemble table à manger et chaises «design», avec des assiettes et couverts fleuris. Un coffret de voyage dans lequel la poupée trouve sa place avec ses vêtements est également distribué.

Daisy est élégante, romantique mais aussi sportive : elle fait du skate, possède une bicyclette bleue, et se déplace avec un camping car décoré également par Mary Quant, et produit par Hasbrow. Lors de ses séjours à la campagne, elle monte un poney à la robe changeante : beige ou grise selon les années, nommé Archie.

Tôt dans sa vie, Daisy se fait une amie, Amy qui lui ressemble en tous points mais dont la taille est fixe et les membres non flexibles. Amy a les cheveux châtains, lisses, partagés sur le côté et légèrement recourbés vers l’intérieur à hauteur des épaules. Ses traits peints sont similaires à ceux de Daisy dont elle porte les vêtements. Elle est offerte nue avec un simple sous vêtement en échange de points qui figurent sur les boîtes de vêtements et d’accessoires pour Daisy.


On retrouve une Dizzy Daisy au corps similaire à celui d’Amy, présentée avec un body de jersey rayé rouge vert et bleu ou orange et jaune. On note également une Daisy sur papier carton à découper et à la fin des années 70 une rare Daisy aux cheveux châtains. En 1976, Models Toys (cette branche de Berwick Timpo fabriquait Daisy pour le compte de Flair Toys, créé également par Berwick en 1975) présente une poupée identique à Daisy baptisée «Havoc», du nom d’un parfum de Mary Quant.

La poupée Havoc «super agent» est présentée en boîte marquée Model Toys et des tenues avec équipements sont vendues individuellement. Le corps de Daisy est spécialement modifié pour Havoc, afin que cette poupée aventurière puisse prendre toutes les positions et tenir fermement ses armes lorsqu’elle est en mission.. Son visage est légèrement plus large et le menton plus arrondi que la Daisy de 1974 mais ce détail ne peut à lui seul servir à différencier les deux poupées, car nous retrouvons sur certaines séries, des Daisy au visage similaire. Les cheveux d’Havoc peuvent être blonds, roux ou châtains et sont lisses, partagés par le milieu, coiffés mi-long recourbés vers l’intérieur à la hauteur des épaules. Certaines Daisy à la coiffure «faite maison» présentent la même apparence et ceci n’aide pas l’identification lorsque la poupée n’est pas en boîte. Celle-ci est rendue d’ailleurs d’autant plus difficile que l’on retrouve le corps «Havoc», ainsi que les mains à fonction de préemption, chez Dashing Daisy de 1977.

Cette nouvelle Daisy peut, tout comme Havoc, pencher la tête et la taille pour faire plus de sport et danser plus à l’aise. L’articulation de ses cuisses est également différente pour permettre un mouvement plus ample. La forme de ses mains lui permet de tenir des battons de ski ou le guidon de sa bicyclette (par exemple).

1977 est l’année «grandiose» : une Daisy de 38 cm est mise sur le marché par Flair Toys, baptisée «Daisy Long Legs» (longues jambes). Elle peut danser et marcher lorsqu’elle est tenue par la main et possède elle aussi une garde robe à ses mensurations. Une petite Daisy Walk Along reprend rapidement le flambeau en proposant les mêmes aptitudes une année plus tard. Elle est accompagnée par un dalmatien nommé Sport.

Daisy Walk Along marche au rythme du balancement de ses bras actionnés par l’enfant.

Nous relevons également la présence d’une rare Three Styles (trois styles) Daisy, dotée de trois perruques amovibles, blonde, rousse et brune. Son crâne peint en jaune est rasé ( environ deux millimètre de cheveux blonds) et son visage légèrement plus arrondi. Le regard est tourné vers la droite (celui de la Daisy classique est tourné vers la gauche) et ses iris sont d’un bleu soutenu au lieu du bleu émeraude habituel. Des cils sont peints sur les paupières inférieures et supérieures, alors que la petite Daisy classique n’en a pas. Certaines ont de vrai cils que l’on peut également retrouver parfois chez la Daisy au visage «large».

En 1980, Flairs Toys suspend la commercialisation de Daisy mais celle-ci reste encore quelques années sur le marché du jouet distribuée par Optimum-Products sans le label de Mary Quant.

Elle est également distribuée par Toltoys (NZ) Limited en Nouvelle Zélande durant les années 80. Un concours est organisé en 1985 et le bulletin de participation figure sur la boîte des poupées de l’époque. La date ultime pour les inscriptions est Janvier 1986. Nous n’avons pas de détail pour le moment sur le thème du concours et les prix attribués.

On trouve également durant la même période une autre poupée de type Daisy coiffée de façon similaire à Amy, avec une bouche entrouverte sur une fine dentition. Son corps semblable au corps classique de Daisy est marqué Optimum.

Concernant la commercialisation de Daisy en France :

Exceptionnelle par ses origines et la personnalité de sa créatrice, Daisy a très vite intéressé Georges Gold (neveu de Marthe Gold Raynal) qui a permis son importation en France dès 1977, sous le nom de «Daisy, la poupée romantique». Elle est accompagnée de son mobilier et d’un trousseau renouvelé chaque année et regroupé en deux séries : la Collection Boutique et la Collection Couture.

Dés 1978, la Daisy Raynal est blonde ou brune et possède un trousseau de 24 tenues. Un concours permet aux petites filles d’espérer gagner une robe de Daisy à leurs propres mensurations.

En 1979, Daisy Raynal se marie. En plus de sa robe de mariée, son trousseau s’enrichit de 15 autres tenues dont la tenue de danseuse classique déjà évoquée. Son visage s’est légèrement arrondi, elle porte des «couettes» et les doigts de ses mains qui étaient déliés l’année précèdente sont maintenant recourbés vers l’intérieur (corps d’Havoc). Les boîtes seules portent le logo Raynal.

On remarque que les meubles pour Daisy vendus en France et en Hollande sous le label «Raynal» sont commercialisés dans des boîtes dont le texte reste en anglais.

Daisy a franchit allègrement le deuxième millénaire en Grande-Bretagne. Sa côte de vente sur le marché de la collection 2002 a été particulièrement remarquable : de 50 à 200 Euros pour un vêtement en boîte et jusqu’à ... 1 000 Euros pour une poupée présentée dans des conditions d’emballage optimales vêtue d’une rare version de robe de mariée.

Par contre, Daisy n’a eu que très peu de succès en France. A nous, maintenant, de la saluer à sa juste valeur, comme savent le faire les collectionneurs étrangers.

Amitiés,
Dominique

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