Grandeur et décadence...

Mon histoire qui n’a rien d’exceptionnelle et qui ressemble à l’histoire de beaucoup d’autres poupées de ma génération, mérite toutefois d’être racontée. Je profite donc de mon 50eme anniversaire, pour vous en dévoiler les grandes lignes, il ne tiendra qu’a vous de chercher à en savoir plus, si toutefois j’ai su susciter en vous un quelconque intérêt.


Je suis née en décembre 1957 à Brooklyn New York U.S.A sous le nom de Cissette Alexander. Ma naissance très attendue fut annoncée un peu partout dans divers catalogues de jouets et journaux de l’époque. Le challenge fut tel qu’on fit imprimer une brochure spéciale « Mme Alexander présente Cissette » 37 pages rien que pour moi et ma somptueuse garde-robe. C’est vous le dire le poids de la responsabilité qui retombait sur mes frêles épaules.

Bien que de petite taille (25cm) j’ai tout d’une grande. Des formes avantageuses, une taille fine, des jambes fuselées aux hanches arrondies et mes pieds sont magnifiquement cambrés.
Quelques particularités à signaler : comme le fait que mes doigts soient séparés afin que je puisse porter des bagues ou encore mes cuisses articulées qui me permettent une position assise des plus convenable.
Alors que le vinyle fait sensation auprès des fabricants de poupées, il fut décidé que pour moi, la qualité passant avant la facilité, je serais entièrement réalisée en plastique dur. Ce qui me donnera ce teint de porcelaine si fragile, mais aussi ce charme qui n’appartient qu’à moi. Je suis marquée dans le dos « Mme Alexander ».
Mes yeux dormeurs sont bordés de cils moulés, ils sont le plus souvent gris-bleus et plus rarement marron. Mon maquillage est plutôt discret : rouge a lèvres, fard à joue, sourcils et cils du bas peints. Mes cheveux en mohair (roux, bruns ou encore blond) sont collés et cousus directement sur ma tête. J’arbore 3 styles de coiffures très sophistiquées et savamment réalisées par des artistes.

Je porte parfois des boucles d’oreilles, mais ça n’est pas systématique, aussi ne vous formalisez pas si il vous arrive de me trouver sans.
Pour ajouter à ma grâce personnelle, on m’a parée de vêtements plus chics les uns que les autres. Les matériaux les plus nobles sont utilisés pour réaliser ma garde-robe digne d’une reine. En cette première année 37 tenues seront réalisées, avec sacs, chaussures, lunettes, bijoux, gants, chapeaux…etc.
Chaque détail est pensé et réalisé minutieusement à l’échelle de façon artisanale, la plupart de mes tenues sont griffées « Cissette Mme Alexander New York USA » en bleu turquoise sur fond blanc.

Mais voila, à toute médaille son revers, je fus perçue comme une poupée de luxe inaccessible, trop chère, trop fragile et trop sophistiquée pour des enfants.
Ce fut malgré tout un beau succès durant deux ans environ, puis il y eut entre autre la naissance de Barbie, ce qui obligea la société à prendre des mesures restrictives à mon encontre et cela ira de mal en pis jusqu'à la cessation définitive en 1963.
Je ne tiens pas à développer cette triste partie de ma courte vie, mais vous comprendrez aisément pourquoi au fils des ans, la qualité du plastique ainsi que celle de mes tenues qui faisait ma réputation sera mise à rude épreuve.

Aussi je vais plutôt enchaîner avec les initiatives qui furent prises pour pérenniser mon existence.

En 1961, on créa ma cousine Margot qui bien qu’ayant le même corps et la même tête que moi avait un look totalement différent. En effet elle était coiffée d’un chignon haut (brun ou blond) comme cela était la mode à cette époque et elle avait un maquillage beaucoup moins discret et plus dans l’air du temps des sixties. Elle disposait elle aussi d’une garde-robe grifféee « Margot by Mme Alexander » en bleu foncé sur fond blanc.

En 1962 on créa ma seconde cousine Jacqueline en référence à «Jackie Kennedy ». Elle fut réalisée en brune uniquement, sa coiffure avec une raie sur le côté ainsi qu’une boucle sur le front rappelant la coupe de la célèbre first lady, son maquillage était similaire à celui de Margot. Elle aura aussi sa propre garde-robe griffée « Madame Alexander New York All Rights Reserved » en bleu ciel brodé sur fond blanc, celle-ci était néanmoins beaucoup plus réduite que la mienne en 1957. Jacqueline porte un diamant sur la main gauche. Mais voila la famille Kennedy n’ayant pas reçu de demande spécifique pour la représentation de la première dame elle interdit la commercialisation de cette dernière ainsi que de toutes les autres poupées qui ont été fabriquées à cette époque en utilisant la notoriété de Jackie.

Mon existence qui s’étala de 1957 à 1963 ne fut pas un long fleuve tranquille et m’amena à côtoyer la grandeur et la décadence.
Alors que l’on m’a propulsée au rang de reine en 1957 il n’en fut pas de même les années qui suivirent.

En 1958 ma garde robe fut considérablement réduite et moi qui était mise en avant à ma naissance dans une brochure spécifique, je fus présenté comme les autres poupées dans le catalogue général de la maison sans publicité supplémentaire.
Au fil des ans et compte tenu de mon manque de succès des économies furent réalisées sur ma production : la qualité du plastique fut modifié à plusieurs reprises, certains de mes accessoires ne seront plus présents dans les coffrets, la qualité de mes tenues ainsi que de mes dessous sera en baisse par rapport à mes débuts.
Ces mesures d’économie ne permettant pas d’assurer mon succès et l’arrivée de Barbie qui gagnait du terrain et ne cessait de séduire les enfants de par son prix et son look totalement nouveau amena la société de Madame Alexander à mettre fin à ma production ainsi que celle de Margot et Jacqueline en 1963.
Un an plus tard Brenda Star prendra ma relève pour concurrencer Barbie mais elle n’aura pas beaucoup plus de succès que moi face au nouveau phénomène qui allait s’ancrer dans le paysage pour des décennies.

Heureusement pour moi et mes cousines, nous avons été choyées par nos petites mamans qui ont pris grand soin de nous durant toutes ces années. Et si hier nous étions boudées aujourd’hui nous sommes très recherchées et cela en partie grâce aux collectionneurs qui de tout temps ont su nous apprécier a notre juste valeur. Même si pour certains nous restons encore aussi inabordables que le DARYA–I–NUR.

Pour en savoir plus le livre de Marjorie E.MEROD « Cissette a Complete Guide ».
Cissette a été réintroduite en 1987 par Madame Alexander et continue sa carrière de nos jours.

L'équipe Dolls Addict